Le manuscrit et l’anneau disparu de la comtesse Marie


En 1789 dans le département de l’Aube, les révolutionnaires décident de rassembler à Troyes les livres et manuscrits pris aux institutions religieuses (monastères, séminaires,…) et aux nobles en exil. L’ancienne abbaye de Saint-Loup située à côté de la cathédrale de Troyes, où se trouve aujourd’hui le Musée des Beaux-Arts, est alors choisie pour recevoir ces bibliothèques confisquées.

Bien avant d’accueillir tous ces ouvrages nationalisés à la Révolution, l’abbaye de Saint-Loup possède sa propre bibliothèque. Cet évangéliaire datant du 12e siècle est un exemple de ces toutes premières collections de Saint-Loup : l’abbaye l’a en effet reçu en don en 1166. Un cadeau venu du comte de Champagne Henri le Libéral (1127-1181) lui-même pour fêter la naissance de son premier fils, le jour de la saint Loup.

Ce manuscrit est entouré d’une légende : il est attesté que sa reliure d’origine en argent était ornée de pierres précieuses. Plusieurs auteurs affirment aussi que cette reliure aurait contenu un anneau hautement symbolique, ayant appartenu à Marie de Champagne (1145-1198), épouse d’Henri le Libéral.

Fille du roi de France Louis VII et d’Aliénor d’Aquitaine, la comtesse Marie est également demi-sœur de Richard Cœur de Lion et du roi de France Philippe Auguste ! Elle épouse le puissant comte de Champagne en 1164, alliance fragile entre la lignée des rois de France et celles des comtes qui sont d’éternelles rivales durant plusieurs siècles au Moyen Age.

Poétesse et lectrice des romans de Chrétien de Troyes, Marie pensionne plusieurs auteurs, dont Chrétien lui-même. La cour de Champagne installée à Troyes devient alors une cour parmi les plus brillantes.  

Marie tient également un rôle politique important à plusieurs reprises : lors du départ en croisade de son mari en 1179, elle se charge de la régence de la Champagne, puis de nouveau à sa mort en 1181, leur fils Henri étant mineur. Elle assure une dernière fois cette régence lorsque son fils Henri part lui-même en croisade, en 1190.

La reliure du manuscrit et l’anneau, si elle l’a bien contenu, n’ont quant à eux jamais été retrouvés, disparus à la Révolution, vraisemblablement durant l’hiver 1793-1794.

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