« Jolies Marinettes cherchent gentilles mamans » : Benjamin, Petit Bateau et la poupée Marinette 1


La vente de produits dérivés est, dès le début du 20ème siècle, très courante dans les journaux pour enfants : livrets de jeux pour les vacances, objets à l’effigie d’un héros ou d’une héroïne emblématique du journal (comme Bécassine, déclinée sur des laines à tricoter ou du chocolat)… Les poupées sont sans conteste l’un des plus grands succès de ce procédé commercial. Offertes comme prime à l’abonnement ou disponibles auprès de la maison d’édition, elles voient leur garde-robe s’enrichir au fil du temps grâce aux patrons publiés régulièrement dans le journal ; les lectrices les plus fortunées peuvent aussi acheter par correspondance leur « trousseau » déjà tout fait et renouvelé chaque saison. La Semaine de Suzette propose, dès sa création en 1905, sa poupée Bleuette, qui fera de nombreuses émules : Lisette pour l’hebdomadaire du même nom, Marisette (poupée en carton à confectionner soi-même ou à commander auprès du journal) pour Fripounet et Marisette et, enfin, Marinette, qui nous intéresse aujourd’hui, pour Benjamin. 

Marinette n’a pas toujours été une poupée ; en effet, elle est surtout connue pour être l’égérie de la marque de bonneterie troyenne Petit Bateau. C’est Beatrice Mallet (1896-1951), illustratrice d’origine britannique, qui crée en 1924, pour l’agence publicitaire De Plas, ce personnage enfantin, tout en rondeurs, qui correspond parfaitement aux goûts du public et est décliné sur de nombreux supports. Les « réclames » Petit Bateau, publiées dans de nombreux titres de presse, trouvent une place particulière dans Benjamin, « le premier grand hebdomadaire français pour la jeunesse », piloté par l’animateur et parolier Jaboune (Jean Nohain). En effet, le journal organise régulièrement des concours publicitaires avec Petit Bateau, tandis que Marinette en personne intervient pour réciter poèmes et chansons…

C’est le 10 décembre 1931, à l’approche de Noël et des étrennes du jour de l’an, qu’est annoncée l’arrivée de la poupée Marinette, au visage dessiné par Beatrice Mallet elle-même :

Vous connaissiez déjà toutes et tous les traits de Marinette, la sympathique petite héroïne des culottes Petit Bateau. Eh bien, la poupée Marinette, ce sera Marinette elle-même, en chair et en os… ou plutôt en cheveux et en bois.

Cette poupée mannequin de 37 centimètres (par comparaison, la poupée Bleuette en mesure 29), incassable et entièrement articulée, est livrée avec des bas, des souliers… et, bien entendu, sa culotte Petit Bateau. D’abord proposée à 32 francs (plus 5 francs de frais de port…), elle passe ensuite à 25, ce qui fait d’elle, selon Benjamin, la poupée la moins chère de France. Comme pour ses consœurs des autres magazines, on peut l’habiller avec les modèles publiés dans le journal ou en achetant son trousseau tout fait.

Benjamin, qui fait régulièrement auprès de ses « benjamines » la publicité de sa poupée, organise en 1934 une grande enquête : les petites filles modernes doivent-elles encore jouer à la poupée ? Le débat, qui divise « pupaphobes » et « pupaphiles », fait intervenir, au côté des réponses des lectrices, des femmes influentes de leur temps, comme l’aviatrice Maryse Bastié ou la poétesse Lucie Delarue-Mardrus. Beatrice Mallet, interrogée elle aussi, répond :

« […] Dites bien aux benjamines qu’il n’y a aucune honte à jouer à la poupée, au contraire… Je vous assure que j’y jouerais encore avec plaisir, si j’avais le temps ! » Mais Mme Beatrice Mallet dessine et elle a, d’autre part, deux charmants benjamins.

Pour en savoir plus sur Marinette et sa créatrice, Beatrice Mallet, imagière – biographie, de Jacques Fournier, édité par l’académie troyenne d’études cartophiles, est empruntable à la médiathèque Jacques-Chirac en salle Verte.

 

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