Troyes et la littérature courtoise, une histoire d’amour 4


Une « petite Venise », voilà comment Troyes pouvait être décrite au temps des Comtes de Champagne qui domptaient les cours d’eau. C’est dans la région troyenne qu’eut lieu un des épisodes de la romance d’Héloïse et d’Abélard, la plus sulfureuse et fascinante histoire d’amour du Moyen Age, dont le récit nous est parvenu. Aujourd’hui l’eau a refait surface à Troyes, pour le plaisir des habitants, des touristes et des amoureux.

L’histoire de la Troyes médiévale est marquée par la présence régulière du thème amoureux, vécu ou littéraire. Il s’est incarné à de nombreuses reprises dans divers personnages, réels ou fictifs, troyens ou de passage, à l’époque où la ville était la capitale des comtes de Champagne.

La littérature a beaucoup contribué à donner tout son romantisme à la « petite Venise ». On pense à Chrétien de Troyes, inventeur du roman en français et chantre de l’amour courtois, mais aussi à Héloïse et Abélard, deux des plus célèbres amants du Moyen Age, qui sont également passés par la région troyenne. Après de multiples péripéties, certaines de leurs lettres enflammées ont traversé les siècles et la Médiathèque de Troyes Champagne Métropole en conserve encore quelques-unes. Les deux amants ont fondé le couvent du Paraclet près de Nogent-sur-Seine en 1131. Ce lieu devait servir de « consolation » à Abélard, victime d’une trahison du père d’Héloïse :

 

« Tu sais, mon très cher, tout le monde le sait, combien j’ai été éprouvée par ta perte, combien, dans cette misérable circonstance, une monstrueuse trahison, qui a fait le tour du monde, m’a ravie de moi-même en t’enlevant à moi. » (Lettre d’Héloïse à Abélard)

 

Ces lettres évoquent aussi l’amour courtois préconisé par la cour de Marie de France au milieu du XIIe siècle. Poétesse et fille du roi de France Louis VII « le Jeune » et d’Aliénor d’Aquitaine, Marie de France épousa le comte de Champagne Henri « le Libéral ». Elle tint une cour brillante à Troyes, en attirant et en protégeant de nombreux artistes. Chrétien de Troyes, inventeur du roman en français et chantre de l’amour courtois, est le plus connu d’entre eux, mais la Cour de Champagne a été un refuge pour de nombreux poètes oubliés aujourd’hui : les trouvères Gace Brûlé et Guyot de Provins, le romancier Gautier d’Arras ou le chroniqueur Geoffroy de Villehardouin.

Troyes fut plus que jamais à cette époque un centre de l’amour courtois. Beaucoup d’historiens s’accordent aujourd’hui à décrire l’amour courtois comme un des signes visibles d’un changement d’orientation de la chevalerie occidentale. Après des siècles de violence, le chevalier courtois devient celui qui protège les femmes et les enfants des pillards. Ces actes de bravoure sont complétés par une nouvelle attitude envers sa bien-aimée qui a permis le début d’un rééquilibrage des rapports homme-femme dans le couple. L’Eglise est à l’origine de ces nouveaux comportements, soucieuse de dompter et de canaliser la chevalerie occidentale, jusque-là capable des pires exactions.

La Cour de Marie à Troyes n’a donc été qu’un élément de ce vaste changement des mentalités à l’échelle de l’Europe. Les comtes de Champagne ont ensuite perpétué cet intérêt pour la littérature et les récits amoureux.

 

Parmi eux, on peut citer notamment le comte Thibault IV de Champagne, dit « le Chansonnier », connu pour ses faits d’armes autant que pour son goût pour les poètes et les chansons courtoises. Il domina la Champagne durant toute la première moitié du XIIIe siècle. A l’image de Lancelot, modèle du chevalier courtois, Thibault vit une passion secrète pour la reine Blanche de Castille, mariée au roi de France Louis VIII. Thibault composa 71 chants lyriques dont 37 chansons d’amour. En l’honneur de Blanche, il aurait fait peindre certains de ses poèmes sur les murs de son palais à Troyes, situé sur l’actuelle place du Préau et détruit à la Révolution.

Il reste tout de même quelques vestiges du passé courtois puis romantique de Troyes. Pour les découvrir, l’Office de Tourisme de Troyes Champagne Métropole propose un livret à retirer gratuitement à sa boutique. « Troyes, la romantique – 10 siècles d’amour et de passion » regroupe dans plus d’une vingtaine de pages informations, anecdotes, légendes et lieux de prédilections pour les amoureux.

 

Jeanne Mallet, Office du Tourisme de Troyes Champagne Métropole

Etienne Naddeo, Médiathèque de Troyes Champagne Métropole

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4 commentaires sur “Troyes et la littérature courtoise, une histoire d’amour

  • demessemacker martine

    IL me semble une erreur dans cet article…

    Blanche de Castille était la mère de Louis IX et non sa femme… Elle était l’épouse de Louis VIII ,

    Louis IX était lui l’époux de Marguerite de Provence !

    bien cordialement.

  • mendak noble danièle

    La petite Venise…..Troyes embellie par la littérature! En réalité Troyes était une cité traversée par de multiples petits ruisseaux, canaux qui véhiculaient plus de choses nauséabondes que des nénuphars! Tanneries, papeteries, en sont les raisons essentielles, les écorcheries apportaient leur supplément d’odeurs pestilentielles!!!
    Mais c’était il y a très, très, très longtemps! …..Conservons le souvenir « ébloui « de notre cité d’amour quand l’amour courtois irradiait notre belle capitale ; les troubadours et trouvères ont porté très loin leurs hymnes amoureux, jusqu’en Navarre et au -delà! Le coeur de Troyes palpite chaque jour à deux pas de la cour des… Comtes de Champagne! Il nous rappelle que cette cour d’amour a donné le « la », à des nouvelles relations « hommes -femmes », respectueuses, protectrices! De cette belle chevalerie, ne doutons pas un seul instant qu’elle continue d’inspirer nos chevaliers d’aujourd’hui!…. l ‘amour courtois (fin’amor) une tradition « troubadouresque » à Troyes! (pour ce qui concerne la généalogie de Blanche , Martine D. souligne à juste raison la confusion entre les deux Louis VIII, l’époux et IX, le fils)

  • Etienne Naddeo

    La coquille a été corrigée, merci mesdames de votre vigilance ! L’histoire n’en est que plus belle, puisque Louis VIII est mort rapidement, laissant Blanche veuve durant plusieurs décennies. Blanche aurait donc pu en théorie se remarier avec Thibault de Champagne. Très pieuse, elle l’a toujours refusé, peut-être aussi en raison d’une hostilité politique ancienne et durable entre la Champagne et les rois de France. C’est pourtant par un mariage, celui de Jeanne de Navarre, fille du comte de Champagne, et de Philippe le Bel, que cette rivalité prend fin ! Mais ce sera peut-être l’objet d’un autre billet…

    • Demessemacker Martine

      Merci Etienne pour cette jolie réponse , digne d’un vrai champenois…. Et il est vrai qu’il y a eu de belles histoires d’amour en plus de la grande « Histoire » de notre majestueux Comté de Champagne !
      au plaisir de vous lire ,
      Martine