Sur les traces du curé de Vauchassis (1/2) 2


« Bons champenois, accourez pour entendre

Sur Saint-Valois, curé de Vauchassis,

Un grand récit difficile à comprendre.

Il est savant sans avoir rien appris.

Par don céleste,

Le béat, leste,

Un beau matin,

S’éveille médecin !

[…]

Le saint curé fait bien d’autres merveilles,

Instruit, savant jusques au bout des doigts,

Par le toucher guérit les écrouelles

Comme autrefois ses ayeux nos bons rois,

Avec adresse

Il vous redresse

Tous les tordus

Et même les bossus. »

Cette chanson satirique et bien sûr très ironique, publiée dans un recueil de « troyenneries », est l’une des dernières traces laissée bien involontairement par un personnage atypique et sulfureux, au destin mouvementé, qui sévit dans le département de l’Aube au début du 19e siècle.

Pierre-Géraud de Valois de Saint-Rémy, appelé « l’abbé de Valois », est né à Troyes en août 1767. Sixième enfant d’un cordonnier, il est pourtant issu d’une lignée liée aux rois de France : le premier Valois de Saint-Rémy est en effet un fils du roi Henri II et d’une de ses amantes, la baronne de Saint-Rémy.

La famille Valois de Saint-Rémy s’est malheureusement beaucoup appauvrie, jusqu’à ce que Louis XVI en personne reçoive le père de Pierre-Géraud à Versailles et lui rende la possession de ses terres en 1788. Pierre-Géraud bénéficie lui aussi de ces faveurs en étant nommé par le roi abbé de Honnecourt en 1787, fonction dont il tire ensuite son surnom d’abbé de Valois.

Lors de la Révolution, les biens des abbayes sont confisqués et Pierre-Géraud est destitué. Il part en exil en Italie où il commence à apprendre la médecine. Il soigne notamment sur les champs de bataille durant les guerres napoléoniennes. Ordonné prêtre par le Pape lui-même, il rentre ensuite en France en 1815 et devient alors curé de Vauchassis, petit village de l’Aube au Sud-Est de Troyes.

Très vite, le curé se fait un nom en commençant à exercer ses talents de guérisseur. Les témoignages sont nombreux pour décrire la file d’attente qui s’allonge devant son église : « en 1817, 1818, 1819 et 1820, […] il y eut des jours où il s’est trouvé cinq à six cents malades venus à Vauchassis jusque du côté de Dijon, Langres, Lyon, etc. tellement que les médecins de Troyes et des environs, voyant de jour en jour diminuer leur pratique, résolurent de s’en venger. »

Effectivement, les médecins de Troyes ne restent pas inactifs : une plainte est déposée auprès du procureur général de Troyes qui envoie alors une lettre à l’évêque dans laquelle il lui ordonne de faire cesser les activités du curé. Informé par l’évêque de cette plainte, le curé se défend en écrivant une réponse au procureur général. Il met notamment en avant sa rencontre avec le Pape qui l’a ordonné prêtre.

L’abbé de Valois a-t-il été condamné ? Impossible de répondre à cette question sans recherches plus approfondies. Il n’en reste pas moins qu’il semble continuer à recevoir des malades.

Quelles étaient les pratiques de cet homme si populaire et si renommé ? C’est ce que nous allons découvrir dans un second billet.

 

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