Raconter la science #2 : Les manuscrits médicaux de la bibliothèque de Clairvaux

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Par Jessie Damata | Le 14 octobre 2019 | Manuscrits et incunables

La Fête de la Science se déroule cette année du 5 au 13 octobre avec pour thématique « Raconter la science, imaginer l’avenir ». L’occasion d’éclairer quelques récits et œuvres scientifiques conservés dans les collections de la Médiathèque Jacques Chirac de Troyes.

Dans leur volonté de constituer une bibliothèque exhaustive, remarquable tant par la qualité des ouvrages que par la diversité des disciplines abordées, les moines de Clairvaux ont inclus dans leur collection des textes médicaux fondamentaux ; ils illustrent à la fois le travail de traduction et d’enrichissement des œuvres de médecins, tels Galien ou Hippocrate, entrepris dès l’Antiquité par les savants du monde arabe, et les échanges intellectuels de cette période.

Parmi ces ouvrages figure l’Articella, recueil de sept traités des grandes figures de la médecine comme Hunayn Ibn Ishaq, Galien, Philarète, Hippocrate, Isaac ben Salomon et Théophile Protospathaire, traités et rassemblés au XIVe siècle par la prestigieuse école italienne de Salerne, figure d’autorité dans l’enseignement de la médecine au Moyen Age. Rédigés entre le IIe et le XIe siècle, ils ont servi de support incontournable à l’étude de la médecine entre les XIIIe et XVIe siècles. Hunyan Ibn Ishaq (v. 810-873), médecin chrétien, maîtrise l’arabe, le syriaque et le grec qu’il a appris au cours de ses voyages. Ses traductions pertinentes des œuvres de Galien, Hippocrate et Aristote, ainsi que ses propres recherches, ont abouti à un développement considérable du vocabulaire scientifique de la langue arabe, à laquelle il a pu donner ses lettres de noblesse dans les domaines de la médecine et de la philosophie.

Autre texte de grande envergure, le Canon Avicennae est une traduction latine du monumental Kitab Al Qânun fi Al-Tibb (achevé vers 1020), résultant de la volonté du médecin et philosophe Avicenne ou Ibn Sina (980 – 1037) de rassembler ses connaissances médicales, ainsi que celles des médecins des siècles précédents. Outre un recensement des maux connus, il contient une impressionnante pharmacopée et des descriptions anatomiques très précises, notamment de l’œil, ayant servi de modèle jusqu’à la Renaissance.

Page du Canon avicennae  portant des commentaires et annotations. XIIIe siècle, BIU Médecine Montpellier [ms H15]. Photo Médiathèque Jacques Chirac, Troyes Champagne Métropole.

Les traductions de Constantin l’Africain (v.1020 – 1087), bien que jugées approximatives, ont quant à elles permis la diffusion des connaissances des médecins arabes contemporains en Europe. Bien que fréquemment accusé d’apposer son nom à des œuvres qu’il n’a fait que commenter ou traduire, il a contribué à l’enseignement dispensé par l’école de Salerne. La bibliothèque de Clairvaux comptait notamment le Viaticus et Practica de conservanda valetudine et morbis curandis.

Majuscule enluminée figurant dans une copie du Viaticus, texte attribué à Constantin l’Africain. XIIIe siècle, BIU Médecine Montpellier. [ms H324]. Photo Médiathèque Jacques Chirac, Troyes Champagne Métropole.

De sa visite à Troyes en 1804, Gabriel Victor Prunelle, bibliothécaire de l’école de médecine de Montpellier chargé de collecter les meilleurs ouvrages des bibliothèques françaises, au premier chef pour enrichir la collection de la bibliothèque nationale, constitue un ensemble de 72 manuscrits de Clairvaux incluant ces ouvrages, qu’il destine in fine à l’enrichissement de la bibliothèque de son établissement. Cette démarche reflète la volonté commune de Prunelle et des moines de Clairvaux de s’approprier tous les champs du savoir : Prunelle considérait en effet que tout médecin devait élargir ses connaissances à des domaines les plus divers possibles.

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1 Commentaire

  1. mendak noble danièle

    à propos de Prunelle qui fut médecin militaire (principal médecin à la bataille d’Austerlitz )….. »Prunelle choisit dans les collections de l’Oratoire de Troyes, de la bibliothèque du premier président au parlement de Bourgogne Jean Bouhier vendue juste avant la Révolution au monastère de Clairvaux, manuscrits et livres rares qu’il expédia dans les bibliothèques parisiennes mais aussi dans celle de l’Ecole de Santé chère à Chaptal. »…….

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