Pirates ! Des mers du Sud à la classe d’un collège troyen


           Aucun lien apparent entre une visite à la Médiathèque de Troyes Champagne métropole des élèves d’une classe de 5e, traversant par hasard l’exposition permanente consacrée au patrimoine, et les plus redoutables corsaires et pirates du 17e et du 18e siècle. La curiosité des élèves a pourtant construit ce lien, à des kilomètres et des siècles de distance, autour d’une question : que peuvent nous apprendre ces livres anciens sur un sujet si exotique ?

Les beaux ouvrages ayant traversé les siècles offrent souvent une version très officielle de l’Histoire : ce reproche leur est fait régulièrement. Les activités clandestines et illégales des pirates ne semblent pas devoir y apparaître.

Beaucoup de ces livres traitent d’ailleurs des corsaires : au service d’un roi ou d’un pays, ces navigateurs harcelant les bateaux de commerce ennemis sont présentés comme des héros. Côté français, apparaît rapidement le profil de Jean Bart (1650-1702), flamand originaire de Dunkerque, qui se distingue durant le règne de Louis XIV (1651-1715) : au 19e siècle, un petit livre populaire de la Bibliothèque bleue nous présente même sa biographie ! Une génération après lui, le malouin Duguay-Trouin (1673-1736) débute en tant que corsaire, mais ses exploits lui permettent assez vite d’accomplir une brillante carrière dans la Marine royale : anobli, il devient même chef d’escadre.

Pour la France, comme pour l’Angleterre, les corsaires jouent un rôle primordial : l’Espagne et le Portugal contrôlent alors entièrement les colonies d’Amérique et des Caraïbes, organisant le commerce entre Europe et Amérique comme un monopole. Exclues de ces échanges, la France et l’Angleterre n’ont d’autre choix que de recourir aux corsaires pour piller les bateaux et les ports permettant le commerce avec l’Amérique et les Antilles.

Majoritairement en français, les livres conservés à la Médiathèque Jacques Chirac évoquent parfois également les corsaires anglais : Francis Drake (1540-1596) est sans doute l’un des plus célèbres. Il écume les mers durant le règne d’Elisabeth Ire (1533-1603) qui l’anoblit et lui donne le commandement d’une flotte.

La face sombre de la piraterie est pourtant aussi présente dans les livres anciens : dans L’Histoire des pirates anglois…, les pirates ne servant que leur enrichissement personnel sont mis en lumière. Traduite en français dès le début du 18e siècle, cette œuvre est attribuée à un certain capitaine Charles Johnson : il s’agit du pseudonyme de Daniel Defoe (1660-1731), auteur de Robinson Crusoé.

Defoe évoque entre autres deux destins de femmes exceptionnels, Mary Read (vers 1690-1721) et Anne Bony (vers 1700-1782 ?). Sillonnant les Antilles avec le terrible Jack Rackham (1682-1720), ayant inspiré Hergé bien plus tard, et pillant tous les navires passant à leur portée, les deux femmes sont les seules à résister lorsque les soldats de la Royal Navy arrêtent les pirates. Lors du procès de Rackham, Anne Bony, qui est alors sa compagne, lui rend visite en prison. Elle lui déclare alors : « Si vous aviez combattu comme un homme, vous ne vous verriez pas pendre comme un chien. »

La phrase d’Anne Bony à Rackham figure dans la biographie de la femme pirate rédigée par Daniel Defoe dans son « Histoire des pirates anglois… ». 1726 [DG 9860]. Photo Médiathèque Jacques Chirac, Troyes Champagne métropole

Ci-contre : page de titre de « L’Histoire des pirates anglois… » traduite en français et publiée à Paris en 1726. Le capitaine Charles Johnson en est présenté comme l’auteur. [DG 9860]. Photo Médiathèque Jacques Chirac, Troyes Champagne métropole

Faisant croire qu’elles sont enceintes, elles échappent toutes deux à la pendaison ; Mary Read meurt rapidement en prison tandis qu’Anne Bony est libérée et disparaît, la fin de sa vie restant mystérieuse.

 

 

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