Interview – Gravés dans le bois et couchés sur le papier


À l’occasion de sa conférence donnée à la Médiathèque Jacques Chirac de Troyes, Coline Gosciniak, conservatrice à la Bibliothèque Carnegie de Reims, revient sur l’histoire de la gravure sur bois et de ses usages, bien visibles dans les collections troyennes.

 

         En quoi consiste la technique de la gravure sur bois ?

La technique de la gravure sur bois, également appelée xylographie, est l’une des deux catégories de techniques permettant de produire des estampes (images  produites par impression d’une matrice gravée et recouverte d’encre sur une surface). Elle consiste à creuser une matrice en bois à l’aide d’une gouge  et d’un couteau afin de faire ressortir le motif que l’on souhaite reproduire sur un autre support. Ce motif est épargné du reste de la matrice : la xylographie relève donc de la gravure dite d’épargne, au contraire de la gravure en taille douce où le motif à reproduire est creusé dans une plaque métallique avec un burin.

         Quand est-elle apparue et quelle a été son évolution aux 15e et 16e siècles ?

La première occurrence de la gravure sur bois se manifeste en Chine au cours du 8e siècle.

En Europe, la gravure sur bois apparaît dans la seconde moitié du 14e siècle en Allemagne et permet dans un premier temps d’orner des tissus, de produire des cartes à jouer et de reproduire des textes dans des livrets xylographiques. La technique se répand dans le domaine du livre manuscrit puis imprimé au cours du 15e siècle, pour donner naissance à des chefs d’œuvre tels que l’Apocalypse illustrée de quinze xylographies par Albrecht Dürer à Nuremberg en 1497-1498 (voir photo ci-dessous).

L’apparition de la gravure en taille douce , offrant plus de détails et de nuances, relègue progressivement la gravure sur bois à l’ornementation d’ouvrages populaires dès le 16e siècle.

La Bibliothèque bleue est une collection troyenne de livres bon marché uniquement illustrés de gravures sur bois : la gravure sur bois était-elle une technique d’illustration réservée aux livres populaires ?

Si le recours à cette technique s’est limité exclusivement à des éditions populaires telles que celles de la Bibliothèque bleue entre le 17e et le début du 19e siècle, l’apparition de la gravure sur bois debout au début du 19e siècle a permis à cette technique de figurer à nouveau dans des éditions prestigieuses avant d’être remplacée par d’autres techniques dérivées de la photographie avant le début du 20e siècle. Taillée dans un bois plus résistant, la gravure en bois debout permet de reproduire en de nombreux exemplaires et avec une multitude de détails des illustrations telles que celles conçues par Gustave Doré pour les Contes de Perrault en  1864.

Son usage s’est progressivement recentré vers les livres de bibliophile, tirés en un petit nombre d’exemplaires sur du papier de grande qualité et illustrés par des artistes aussi renommés que Foujita pour Amal et la lettre du roi en 1922. Cette technique persiste aujourd’hui dans les livres d’artistes, qui accordent une place égale au contenu (le texte) et au contenant (l’objet livre et ses illustrations).

Troyes a été un grand centre d’impression de cartes à jouer au 16e siècle : la gravure sur bois a-t-elle été employée sur d’autres supports que des livres ?

La gravure sur bois a également été employée à Troyes pour la production d’images pieuses diffusées en grand nombre pour la dévotion personnelle. Ces images mettent en scène des fidèles en adoration devant une Vierge à l’Enfant ou représentent des saints particulièrement populaires dans l’Aube dont saint Fiacre, figuré dans un paysage de jardin. Au-delà du livre illustré, les usages troyens de la gravure sur bois se révèlent donc d’une grande richesse.

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