Halloween – Sorcières, sorciers et sorcelleries face aux inquisiteurs (1/2) 2


Les collections de la Médiathèque de Troyes Champagne Métropole contiennent quelques livres anciens qui nous enseignent comment reconnaître une sorcière ou identifier des maléfices, autant de savoirs bien utiles en cette période de l’année.

 

Contrairement au cliché très répandu qui veut que le Moyen Age ait été le temps des sorcières et de la sorcellerie, c’est plutôt à la Renaissance que les arrestations, les procès et les exécutions pour ce motif se sont multipliés en Europe.

Les pratiques et rituels magiques existent bien sûr dès l’Antiquité et sont également connus au Moyen Age, mais la répression, qui nous permet aujourd’hui de mieux les approcher, n’existe pas encore massivement. Les historiens s’accordent à dire que le Moyen Age se concentre plutôt sur l’élimination des grandes hérésies religieuses qui touchent des populations et des provinces entières, plutôt que sur la sorcellerie pratiquée à l’échelle du village ou de la communauté.

La traque des sorciers et sorcières, avec ses inquisiteurs et ses exorcismes, ne commence réellement qu’au 15e siècle. En 1484, le Pape Innocent VIII fulmine une bulle appelant à la prudence face aux méfaits des sorciers. Deux ans plus tard, deux moines allemands, Heinrich Kramer et Jacob Sprenger, publient à Strasbourg le Malleus maleficarum. Ce livre en latin est rapidement traduit en français sous le titre de Marteau des sorcières, « Marteau contre les sorcières » en français de l’époque.

 

 

Cet ouvrage connaît rapidement un grand succès dans toute l’Europe et sera réédité 34 fois durant les deux siècles suivants. Il s’agit du premier traité de sorcellerie diffusé aussi largement. Les auteurs détaillent les comportements des sorciers et sorcières, leurs maléfices et les questions à leur poser pour les démasquer. Leur livre devient rapidement le manuel des inquisiteurs le plus connu en Europe.

La « science » des inquisiteurs n’est pas pour autant résumée par le Malleus maleficarum, mais continue au contraire de se développer durant les 16e et 17e siècles. La Renaissance, qui passe souvent pour une époque de progrès scientifique et humain, s’est ainsi dotée d’un véritable arsenal religieux et juridique contre la sorcellerie.

Pour certains hommes de cette époque, les « progrès » dans le combat contre la sorcellerie font d’ailleurs partie intégrante du progrès général de l’humanité et de la sortie des temps obscurs du Moyen Age.

En France, le juriste Jean Bodin en témoigne de manière frappante : capable de penser le fonctionnement du pouvoir et la législation de manière précise, théoricien de la Monarchie absolue et égalant Montesquieu par la finesse de sa pensée politique, il publie pourtant un traité de démonologie, De la Démonomanie des sorciers , en 1580. Bodin affirme ainsi tranquillement que les sorciers peuvent se transformer en bêtes, croit à l’existence des loups-garous, de la copulation charnelle avec le démon et donne les moyens de démasquer les sorciers, en se basant rien de moins que sur la réputation des accusés.

 

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Ces théories sont largement reprises par Pierre de Lancre, conseiller au Parlement de Bordeaux, lors d’une chasse aux sorcières qu’il mène dans le Pays basque, « expérience » dont il tirera un livre conservé lui aussi à la Médiathèque de Troyes Champagne Métropole.

 

 

Quelles sont donc les théories de tous ces auteurs et qui peut bien se cacher derrière les sorciers et sorcières qu’ils dénoncent ? C’est ce qu’il nous reste à découvrir dans la seconde partie de ce billet la semaine prochaine !

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