Grosley et Simon de Troyes : deux polygraphes champenois du siècle des Lumières.


Nés tous deux à Troyes, Pierre-Jean Grosley en 1718 d’un père avocat, et Édouard-Thomas Simon en 1740 d’un père notaire, ils y sont élèves au collège de l’Oratoire avant d’aller poursuivre à Paris leurs études, de droit pour le premier (1737-1740) et de chirurgie pour le second (1762-1765). Puis ils reviennent dans leur ville natale y exercer respectivement 45 ans comme avocat et 20 ans comme chirurgien (enseignant en outre à l’École de chirurgie de Troyes).

Ils consacrent beaucoup de leur temps à des activités littéraires et à des travaux d’érudition, souvent publiés dans des recueils ou des journaux. Grosley fait de l’histoire de sa ville et de sa province l’un des sujets majeurs de ses Éphémérides troyennes (1757-1768). Lui succédant comme rédacteur, avec l’abbé Courtalon-Delaître, de l’Almanach de la ville et du diocèse de Troyes (1776-1787), Simon contribue encore à l’essor de la presse périodique troyenne en publiant à partir de 1782, avec l’imprimeur-libraire Sainton, les Annonces, affiches et avis divers de la ville de Troyes qui deviennent le Journal de Troyes (paru jusqu’en 1795). Auteur de poésies légères ou de circonstance, il écrit aussi des pièces de théâtre, dont quelques-unes jouées à Troyes.

Si Grosley meurt en 1785 en n’ayant quitté sa ville que pour des séjours réguliers à Paris (où il avait gardé des liens avec savants et gens de lettres) ou quelques voyages à l’étranger (Italie, Angleterre, Hollande), Simon retourne quant à lui en 1787 dans la capitale française où il passe 20 ans. Il se retrouve à partir de 1807 dans l’Instruction Publique, au Lycée de Nancy puis, de 1810 à sa mort en 1818, professeur d’éloquence latine à la Faculté des Lettres de Besançon. Il n’en continue pas moins d’entretenir des liens avec Sainton pour la réédition augmentée des Mémoires historiques et critiques pour l’histoire de Troyes (1774) de Grosley, publiée en 1811 avec une « Notice sur la vie et les ouvrages de l’auteur par M. Simon » (qui reprend et développe l’article nécrologique écrit par celui-ci en 1785).

Simon réalise en outre des travaux pour l’Académie de Besançon, dont il était membre, tout comme de la Société royale des Belles-Lettres de Nancy. Grosley avait appartenu à la même société savante nancéenne, ainsi qu’à l’Académie de Châlons, la Royal Society de Londres, et l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Le nom de Grosley est également associé aux Mémoires de l’Académie [de] Troyes (1744), réédités en 1787 dans les Œuvres badines du comte de Caylus. Cette facétie raillant les débats et dissertations des académies de province fait de Grosley un tenant de l’« esprit de malice au bon vieux temps » (Sainte-Beuve), qui est aussi la marque de Simon, comme lui capable de cultiver une veine légère en marge de ses productions sérieuses.

La médiathèque de Troyes Champagne métropole conserve beaucoup des ouvrages imprimés et manuscrits de l’avocat polygraphe et du chirurgien poète, ainsi que certains des volumes avec ex-libris ayant figuré dans les bibliothèques de ces deux « illustres Troyens ».

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