Cabinet de curiosités #8 – Des Girafes dans la Grande Salle…


Les bibliothèques sont, étymologie oblige, des lieux où l’on conserve principalement des livres manuscrits ou imprimés. La formidable collection patrimoniale de la Médiathèque Jacques-Chirac en atteste. Mais les aléas de l’histoire, locale et nationale, ont régulièrement permis l’introduction dans les fonds d’éléments plus inattendus, comme des objets. 

Au cours des prochaines semaines, nous vous offrons une nouvelle série pour (re)découvrir quelques curiosités.

D’élégants giraffidés gambadant dans la Grande Salle ? L’idée est bien farfelue, même si leur taille serait un précieux auxiliaire pour aller chercher nombre d’ouvrages si haut perchés !

Toutefois, de manière plus pragmatique et dans le respect de la cause animale, quatre grandes échelles roulantes, à la taille et au profil évocateurs, sont installées dans la Grande Salle. Vaisseau emblématique et historique de la bibliothèque municipale de Troyes, ce gigantesque magasin de conservation figure parmi les plus grands de France, avec des dimensions impressionnantes : 53 mètres de long, 10 mètres de large et 7, 10 mètres de haut, soit la valeur de deux étages. Les quelque 50 000 documents provenant principalement de l’abbaye de Clairvaux, fruits des saisies révolutionnaires, ont en effet été déployés dans le dortoir des chanoines de l’abbaye Saint-Loup. Il fallait donc assurément un moyen pour atteindre les livres du dix-huitième (et dernier) rayon !

Si l’on sait que les montants et les tablettes de chêne de la prestigieuse bibliothèque de Clairvaux ont été démontés pour habiller les murs de la Grande Salle, on manque d’information sur les échelles. Mais on pourrait se plaire à penser que c’est Louis Michel, le menuisier chargé de poser ces boiseries en 1797, qui fabrique également les quatre « girafes », en bois de chêne, montées sur 4 grosses roues de métal. De deux tailles différentes, ces échelles sont alors utilisées par les agents de la bibliothèque pour la communication au public des ouvrages, des besoins de recherche, l’inventaire ou l’entretien physique de la collection. Une tablette surmonte le garde-corps, pour pouvoir y déposer des ouvrages avant la redescente.

Les « girafes » rendent ainsi de bons et loyaux services jusqu’au début des années 1980 où elles sont mises à la retraite. Les conditions de sécurité des agents de bibliothèque ne semblent plus assurées. C’est ainsi qu’un échafaudage prend possession des lieux, satisfaisant certes aux normes en vigueur, mais peu adapté à l’usage. Les échelles de bois font alors partie du décor, devenant objets patrimoniaux.


À la faveur du déménagement de la bibliothèque dans un nouveau bâtiment en 2002, où est reconstituée quasi à l’identique la Grande Salle, c’est tout naturellement que nos « girafes » quittent le quartier de la cathédrale, après avoir été soigneusement démontées. Et depuis, elles trônent toujours dans cet environnement, admirables et admirées par les visiteurs qui pénètrent pour la première fois en ces lieux.

Tout récemment, la communication des livres de la Grande Salle a été modernisée, avec l’acquisition d’un chariot-élévateur dernier cri, facilitant et sécurisant le travail des personnels dédiés. Mais il a fallu sacrifier à l’esthétique !

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