Bon semer & planter


Telle était la formule adoptée par les almanachs anciens, caractérisée par une petite fleur éclose, pour signaler que c’était la bonne période pour œuvrer au jardin ou aux champs. Outre ces publications périodiques, l’on pouvait aussi avoir recours à un ouvrage fort prisé de la Bibliothèque bleue, l’Histoire des plantes.

De Leonhart Fuchs…

Siècle de l’humanisme et de grands progrès scientifiques, le XVIe siècle voit l’essor de l’imprimerie, fondamentale pour la diffusion du savoir ; dans le même temps, on privilégie l’expérimentation à la tradition médiévale. Ainsi, la botanique évolue-t-elle avec l’oeuvre de Leonhart Fuchs (1501-1566), médecin allemand, qui publie en 1542 à Bâle l’Historia strirpium. Cette somme décrit par ordre alphabétique plus de cinq cents plantes européennes et exotiques, richement illustrée de 511 gravures sur bois. Contrairement à ses prédécesseurs, Fuchs revendique l’usage savant des images, utiles à la transmission de l’information : « Qui en son honnête âme condamnerait des images qui communiquent des informations bien plus clairement que les mots, même du plus éloquent des hommes ? »

L’importance donnée à l’illustration est soulignée par la présence exceptionnelle des portraits des trois artistes dans l’ouvrage. Il s’agit d’Albrecht Meyer, le dessinateur, représenté en train de peindre une plante d’après nature, de Heinrich Füllmaurer, chargé de transposer les dessins sur bois, et enfin de Veit Rudolf Speckle, le graveur, en train de tailler les bois.

Même s’il se nourrit d’influences anciennes, comme Pline l’Ancien (23-79), Dioscoride (1er siècle ap. JC) ou Galien (129-216), Fuchs donne toute sa place à la démarche d’observation directe des plantes. Il s’agit de les identifier correctement, dans l’objectif pratique de connaître leurs propriétés médicales. Pour ce faire, les gravures, dont le trait est extrêmement fin, ont été conçues dès l’origine pour être peintes ; mais la mise en couleur est restée marginale, du fait de son caractère onéreux.

L’exemplaire conservé par la médiathèque de Troyes Champagne métropole, coté q.3.532, est peu coloré ; mais il présente des marques d’usage remarquables, comme des notes manuscrites marginales et interlinéaires, ainsi que des figures au trait découpées et rapportées.

… à Léonard Fucus

L’ouvrage de Leonhart Fuchs connut une grande fortune éditoriale tout au long du XVIe siècle, puis tomba progressivement en désuétude avec l’avancée des connaissances en botanique. C’est ainsi que ce texte fut récupéré par les imprimeurs d’éditions populaires, à Troyes, mais aussi à Rouen, qui latinisent le nom de Fuchs en Fucus, pour donner un vernis savant à la publication. C’est sous le titre d’Histoire générale des plantes et herbes avec leurs propriétés par M. Léonard Fucus que circule donc un nouveau texte, composite : on y retrouve certes des descriptions de plantes, mais aussi de nombreuses recettes de médications, reprenant le contenu d’autres ouvrages du médecin allemand, qui s’était notamment penché sur les manières de se préserver de la peste.

Bien que le contenu scientifique de l’édition originale soit largement périmé à partir du XVIIe siècle, de nombreux avatars de l’Histoire des plantes furent publiés, avec un certain nombre de constantes : petit format (in-12), titre récurrent, nombre semblable de pages (144) et de bois gravés (71). Le savoir véhiculé par Léonhart Fuchs a donc bien fondu !

Mais comment cette sélection drastique a-t-elle été effectuée ? De manière pragmatique, seules les plantes que l’on pouvait trouver en France ont été retenues ; on s’aperçoit aussi qu’à part la vigne, arbres et arbustes ont disparu ; enfin, exit la variété, les éditions populaires ne présentant plus qu’un seul type par espèce : finie la farandole des choux et des salades !

Mieux encore : les imprimeurs réemploient très fréquemment les bois gravés ; ainsi, trouve-t-on dans certaines éditions une même illustration pour la vigne, le chou, l’ortie, le cresson et d’autres plantes encore !

Ajoutons à cela la très médiocre qualité des illustrations proprement dites, il fallait être donc bien prudent quand on herborisait ou cultivait avec la Bibliothèque bleue !

L’aneth

Avant : édition de Leonhart Fuchs (1542)

L’aneth

Après : édition de la Bibliothèque bleue à Troyes, fin 18e-début 19e siècle

L’iris

Avant : édition de Leonhart Fuchs (1542)

L’iris

Après : édition de la Bibliothèque bleue à Troyes, fin 18e-début 19e siècle

C'est bien de partager...Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someonePrint this page

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *