Les almanachs de Troyes d’Aufauvre et Gadan (2) 1


Parmi les innombrables almanachs, éphémérides, étrennes, calendriers et autres pronostications sortis des presses des imprimeurs troyens du XVIe au XIXe siècle, rares sont ceux qui se proposent de traiter spécifiquement de l’histoire des monuments et des hommes remarquables de Troyes et de sa région.

C’est pourtant la tâche à laquelle s’est attelé Amédée Aufauvre. Les convictions républicaines de cet homme, en ces temps troublés, ainsi que son goût pour l’anecdote locale font de son almanach un objet remarquable. La fin de la IIe République et le début du Second Empire (1851) le poussent cependant à modifier radicalement sa publication.

L’année 1852 marque plusieurs évolutions majeures dans la forme et le contenu de l’almanach. L’impression est confiée à Eugène Caffé dont l’atelier est situé rue du Temple, à deux pas du siège du journal récemment créé par Aufauvre :  » L’Industriel de Troyes et du département de l’Aube « . Une table très complète en quatre parties ouvre le volume. La première est conforme à l’usage des almanachs : calendrier, foires et marchés, etc. La seconde partie rassemble les articles historiques et documentaires, les biographies ainsi que les anecdotes et variétés. On trouve également dans cette partie les noms des places et des rues de Troyes, premier détail qui évoque les annuaires qui continuent parallèlement leur longue carrière.

La troisième partie est entièrement consacrée à la « Liste générale avec adresses des fonctionnaires publics, magistrats, ecclésiastiques, commerçants, fabricants, propriétaires, …, de la ville de Troyes ». Ce véritable annuaire annexé à l’almanach ne compte pas moins de 90 pages et Eugène Caffé, l’imprimeur, s’en déclare également l’éditeur. Ces listes auront une durée de vie exceptionnelle puisque, sous diverses formes et chez divers éditeurs, elles fleuriront jusque dans les années 1950.

En 1853, notre almanach revient à sa présentation, plus économique, de 1851. Un article substantiel au titre lapidaire – Le 2 décembre à Troyes – laisse apparaître un Aufauvre prudent. Gadan vient d’être déporté en Algérie, la police et la censure sont omniprésentes. Il écrit en introduction de son article :  » … La nature de notre publication nous interdit toute espèce d’appréciation… Ceux qui viendront plus tard rattacheront, s’il leur plaît, cette chronique locale à l’ensemble du mouvement de Décembre ». Les résultats du vote des électeurs de l’Aube sur le plébiscite et l’établissement du Second Empire sont rejetés en fin de volume. Bien illustrés de lithographies, des biographies, des articles sur les anciennes portes de Troyes, les Clubs de Troyes en 1792, Voltaire à Romilly en 1791 et autres composent un petit ouvrage passionnant ou le récit comique d’une escroquerie banale sert de bouquet final.

Le dernier de la série – 1854 – reprend le format et la structure de 1852. Eugène Caffé joint en guise de troisième partie les divers renseignements administratifs et la liste des artisans et commerçants. Cet ensemble qui comporte sa propre table des matières préfigure L‘Almanach des 10000 adresses de Troyes qui n’apparaîtra que quelques années plus tard. Les annonces commerciales et publicitaires disparaissent complètement.

La partie historique et documentaire s’étoffe encore avec des anecdotes, faits curieux et recettes d’économie domestique. Aufauvre continue la série des « Causes célèbres », affaires judiciaires locales où son talent de journaliste fait merveille. Il fournit également des petites études sur des sujets locaux peu ou pas connus, telle « La fête des Viergeottes de Troyes » ou « Les anciens privilèges du bourreau de Troyes ». Il y a là de quoi plaire à un public cultivé que les almanachs traditionnels ou thématiques ne satisfont plus.

À la fin de 1854, l‘Industriel de Troyes et du département de l’Aube a cessé de paraître. Alors que le moment serait venu de publier l’almanach de 1855, Amédée Aufauvre s’engage dans une collaboration avec le journal L’Aube dont il était un très pugnace adversaire lorsqu’il dirigeait, quelques années auparavant, le journal de sensibilité politique opposée : « Le Propagateur « . Une autre raison à son renoncement est peut-être l’apparition d’un concurrent de poids dont les buts avoués sont semblables à ceux dont il rêvait en 1847. Stanislas Bouquot, imprimeur, fait paraître fin 1852 son Almanach de Champagne et de Brie, qui, bon an, mal an, poursuivra son aventure éditoriale jusqu’à l’orée des années 1900.

Amédée Aufauvre décède en 1864 sans avoir essayé de renouveler l’aventure de l’almanach.

L’Almanach de Troyes et du département de l’Aube s’inscrit dans un mouvement plus général de regain de curiosité pour le « pittoresque » et l’histoire locale qui se développe dans la première moitié du XIXe siècle. Il préfigure, par la forme et par le fond, les almanachs que publieront après 1891 et pendant près d’un siècle les principaux journaux locaux.

Sous leur aspect modeste, ces livrets constituent, pour tous les chercheurs et curieux de l’histoire de Troyes et de l’Aube, une source non négligeable de précieux renseignements.

Michel Toussaint

Les études sur ces almanachs « locaux » ne sont pas nombreuses. Voir

– Émile Socard, Étude sur les almanachs et les calendriers de Troyes (1497-1881), dans le tome 45 des « Mémoires de la Société académique de l’Aube », 1881, p. 217 ou en tiré-à-part.

Sur l’histoire des almanachs de cette période, on peut consulter, entre autres :

– Ronald Gosselin, Les almanachs républicains : traditions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris, 1840-1851, Paris, Ed. de l’Harmattan, 1993, 329 p.

 

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